mardi 26 juin 2012

Le Matignon
Paris

Défilé
Tempo
Amusement
Tables serrées
Rencontres faciles
A cause de?
Service soigné
Je renverse de la moutarde
Comme d'habitude
Sauf que là on m'essuie les jambes
Avec une serviette chaude
Ceci me rappelle des souvenirs
Pas la moutarde
La serviette chaude...
Cocktails puis shorts puis longs
Sans fin
Et au loin 
Arrivent déjà
Ceux qui auraient pu être mes enfants
Avec la carte de Papa
Je fume en terrasse
Pour oublier que j'ai mal aux pieds
On n'y va pas en ballerines
Plutôt crever.

vendredi 13 avril 2012

lundi 9 avril 2012

Pierre-Yves Le Strat
Voilà un photographe qui délie les langues...Si à la base, il est autodidacte, ce qui étonne, c'est sa capacité à s'ouvrir aux autres : il chante, joue du piano, et a, chose rare, l'oreille absolue. Il parle l'anglais et l'italien couramment, grâce sans doute à ce don. Mais son point fort, depuis des années, est sa conception originale : il a inventé le CUBE. Dans cette figure intemporelle et universelle, viennent se glisser les participants de soirées qu'il organise, mais aussi et surtout, nous y voilà, des personnes de tout gabarit et de toute origine et âge, nus. Et le nu fait parler, c'est sûr. Il y a bien eu des réticences, des résistances, mais au final, les centaines de personnes venues se dévoiler dans le CUBE se sont vues pour la première fois en vrai. Une femme a même avoué se trouver belle pour la première fois de sa vie de trente ans...Car comme le dit Pierre -Yves, "personne n'est insensible au nu, ni à la photo". Ces clichés en rémanence récurrente et brute peuvent déranger, remuer, mais avant tout émeuvent. Le festival européen de la photo de nu d'Arles s'est lui-même ému  de ses projets. Beaucoup de gens lui ont avoué qu'il avait sa place en ce cadre prestigieux, qui l'a repéré. Mais pourquoi le nu? " C'est un retour à l'essentiel, et de rapprochement du design, actuel, de lignes épurées. C'est une notion purement esthétique, sans accessoires. Mon esthétique a le nu pour le plus simple des coups de crayon, et graphiquement comme mentalement, on est dans l'essentiel. Mes modèles sont nus face à moi, et moi, je me dévoile face à la vérité, sans artifices. Etrangement, mon désir premier n'est pas de réserver le nu à une élite, car il ne faut de l'argent pour accéder au nu, et je casse le principe du luxe comme sujet du nu. Je n'ai pas envie de  développer le luxe et le vip dans mes projets. Je cherche le beau et le vrai. J'approche un sujet délicat : c'est en ce sens que mon travail peut être élitiste. Il faut des conditions pour accepter de poser. La curiosité pour l'art peut être la clef". Les gens démunis peuvent se cultiver! Il est moins cher d'aller au théâtre qu'au cinéma! "La pub et la télé ont créé du déchet. L'art doit se mériter. Mes modèles doivent se mériter. Je veux révéler une dimension de réussite de l'art, qui passe par la difficulté". Spinoza n'a -t-il pas déclaré que "tout ce qui est beau est difficile"? Nous y sommes.

dimanche 1 avril 2012

Bar du Forum

Initiés
terrasse chauffée
qualité du ton
entre mille autres
c'est là que je veux être
pour siroter sans être dérangée
ça brûle
ça pique
mais en retenue
ça délie les langues
aussi bien en été qu'en hiver
plaisir intemporel
à deux ou à plus
à soi et entre soi
j'aime
la douceur de la discrétion
un luxe sans ostentation
oublier
combien
pour essayer
d'autres
mais après tout
c'est le white chocolate que je préfères
et toi le pornstar
avec des noms pareils
pourquoi changer?
les jeux sont faits je crois
et nous aussi
un peu
Bar du Ritz
Paris

Entre hiver et fin du jour
la lumière est tamisée
les gens sont beaux
forcément
quoique
a
à force
de couloirs
de cocktails
on ne sait plus trop
si c'est la lumière du soir
ou la griserie des fauteuils rouges
ou du désir de se refaire
un cocktail
car ils peuvent en inventer
ici tout est possible
on rêve de Paris autrement
si j'avais plus d'argent
et encore
je rêverais de cette personne en face
qui rêve de se faire plumer
par une plus jeune et une plus belle que moi
la nuit est douce
la profusion enchante
et surtout
fait oublier
fait oublier
ici pas d'actualité
pas de peine de coeur non plus
le doux ronron des tintements de verres
et d'allées et venues
pour des choses sans importance
qui le deviennent
à force...
Mademoiselle
j'ai bien aimé ce que vous m'avez fait
vous vous en rappelez?
Sinon j'aimerais bien essayer un irish coffe sans café et sans crème
Oui c'est ça merci.

vendredi 10 février 2012

Huitième nouvelle

Quand on n'attend rien, on peut avoir la sensation étrange toutefois, que quelque chose peut se produire. Un peu comme par le passé, ces réveillons sans espoir, qui se révélèrent porteurs de rencontres. C'est ce que se dit Sarah, partie là comme toujours, à l'autre bout de l'Europe ou à deux heures de train. La Suisse est belle, sous la neige. Dans la vieille ville, les branches noircies par le froid revêtent les parures d'un givre dont la blancheur incandescente brûle les yeux. Elle met ses lunettes de soleil. L'avantage, c'est qu'on ne voit pas les larmes. D'ailleurs, on pourrait les confondre avec celles que procure le froid aux yeux sensibles. Sarah est à fleur de peau. Elle aurait pu annuler, comme cela lui est arrivé. Elle est exsangue. La faim lui mord le corps. Elle s'installe dans un bar de la gare de Genève, et boit les gorgées d'un thé parsemé de messages téléphoniques vides de sens et d'avenir. Toujours la même histoire. Sans fin.
Quand on vient la chercher, il y a quelque chose de messianique. Une chaleur, douce et tamisée.
Vite, la voiture déboule dans un théâtre. Des danseurs répètent. Elle le sait d'entrée, que ce sera celui-là. A cause de ce test qu'elle fait parfois pour éprouver son attraction. Sarah enlève ses lunettes pour dénuder son désir. Test positif : même sans vue claire, il lui plaît. Le désir n'est question que d'allure. Par contre, au jeu du regard, elle a toujours préféré les trucages. Regarder cet homme plus jeune qu'elle, c'est sûr, dans les yeux n'est possible qu'en ôtant la vue que procurent les lunettes. A ce prix, une oeillade est possible. Par le soleil de cette apparition, tout devient beau, clair, calme et possible.
Sarah a hâte de voir le filage, de voir le ballet, de déjeuner avec lui...Très vite, tout se fait comme prévu. Prévu d'un coup, oui...Soin de se poser à sa table, en face. Si le poulet aux lentilles ne passe pas, le courant, oui. A boire des cépages de rouge qui ne se consomme que tempéré, les langues se délient. Les langues...
Sarah n'a plus honte, à ce stade d'ébriété. Elle a envie de parler à tout le monde, précisément car il lui parle. Elle, trop, comme d'habitude. Une heure de pause après le déjeuner pas fini. Et c'était quoi, ce prétexte de lac? Les idées sont moins claires que ce sentiment d'ivresse éthylique et spirituelle qui la prend. Emmanuel et Sarah, bras dessus bras dessous, déjà, vers le lac de Genève. Des promesses d'articles de presse - elle est venue pour ça au fond-, s'égrènent sur le chapelet de confidences réciproques à ne dévoiler sous aucun prétexte.
Une terrasse, un soleil s'y écrase avec les cigarettes de trop.
Le reste est indicible. Les moments de bonheur sont une rire cristallin qui n'a pas d'autre description possible que celui du cadre où il advient, magnifié par une rencontre. Le vent pousse les cendres vers la rue devant le lac qui bruisse gentiment et pousse les bateaux.
On a oublié l'heure.
Bonheur.
C'est sûr, pour une fois, en voilà un qui n'aime pas les garçons.
Sarah se demande si elle est épilée, car, à son troisième whisky en pleine après-midi, elle a à faire effort pour se demander ce qu'elle porte sous son manteau...
Détails triviaux autorisés par un appel sur le portable d'Emmanuel.
Enième cigarette.
Le "moi aussi, à ce soir à la maison" est une guillotine.
Ce n'est pas la première fois.
C'est l'histoire de sa vie.
Mais pourquoi s'emballer toujours si vite?
Il faudrait garder ses lunettes.
Elle remet celles de soleil.
Le jour se couche, mais ce n'est pas grave.
Elles camouflent la citrouille du carrosse.
Sans chaussons de vair.
D'un coup, il fait froid.

Sixième poème

Bar du Grand Hôtel
Place du Palais-Royal, Paris

Le chocolat
N'est pas si onctueux
que la torpeur qui me prend
Ce soir d'hiver
Que la douceur
En ce lieu calfeutré
Dehors
La queue aux musées
Magasins
Bondés
Pas la peine
J'ai tout ce qu'il faut
Et plus
Affinités
Avec la jeunesse
Et mes années qui passent
Intemporel
Je trempe mon chocolat
Dans le thé
Et le sang dans mes veines
Se réchauffer
Ma petite cousine finit
Toujours ses gâteaux
Elle me réjouit
Et me réjouira
Toujours
Mon amie de toujours
Est là
Belle avec ses doutes
Ses aléas
Je suis comblée
D'être au chaud
Nous voudrions être télétransportées
En un lit sans fin
Celui de nos amours
Qui n'adviennent pas toujours
Encore que...
Qui sait?
Demain brillera peut-être
Le sacre du Printemps
Résonne en ce lieu
Les murs câlins
Les couples coquins
La vie à Paris
En hiver
Envie de réconfort
S'il vous plaît
Un café gourmand
Finalement