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mercredi 18 janvier 2012

Festival Artdanthé : Ouverture

Nous y sommes! La 14ème édition du Festival Artdanthé, dirigé par José Alfarroba, démarre! Ouverture en  explosion à Panopée avec la conférence dansée de Fanny de Chaillé. Deux femmes, une scène de concert de rock. L'une, surélevée avec un micro, depuis la salle, déclame un texte enveloppant sur le choix du rock versus le théâtre. La battle peut commencer. La performeuse, sur scène, explique par la voix de l'autre sa fascination, ses émois d'adolescence pour cette musique qui emballe les corps et électrise les âmes, avec cette pointe de mythe qui enrobe le rocker, ses bévues, ses erreurs, ses encensements, ses déroutes... Mais au final, c'est le théâtre qui sera choisi, grâce à la salvatrice distance de jeu entre l'interprète et son rôle...A l'arrivée, on jubile de ce show qui a incarné les figures du rocker, pour mieux en déjouer les travers...
Le public se rend ensuite au Théâtre de Vanves, où l'attendent Yossi Berg et Oded Graf. Ave Animal Lost, le plateau prend la forme d'un vaste terrain de jeu où l'animalité fait la part belle à l'imaginaire collectif autour des rêves, des désirs, des touchants aléas de l'animal qui sommeille en nous. Duos et danses de groupe s'enchaînent avec allant, baignés d'une lumière tamisée qui nous incite à la rêverie. Têtes de cheval, d'âne, de lapin, sur corps humains, déclinent une poésie où l'enfance point sous le glacis des discours chantés sur une traversée onirique de Paris. Une histoire à fleur de peau, celle du désir tapi sous l'apparente convention diurne, émerge. Entêtante mélopée de corps chantants et dansants qui nous ramène à nos fantasmes charnels sur un mode suave et enrobé. Un bonbon fourré au parfum de nos élans. Une pièce en demi teintes, nostalgique et ludique, pour donner le ton de la saison. De quoi donner envie de revenir souvent.

mardi 17 janvier 2012

Androphyne : (...)OU PAS

Perle rare au CDC les Hivernales d'Avignon. Moment qui est expérience. Qui s'y frotte s'y pique. Androphyne, c'est un condensé pluridisciplinaire réjouissant. Son mouvement est de vous confronter à votre propre cas. D'entrée de jeu, les dés sont pipés. Vous entrez dans la salle avec un numéro, un "kit du parfait spectateur", et un parcours fléché au sol où l'on vous demande de sourire, lever les bras, faire attention, etc...ça vous dit quelque chose? Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré. Pratiquez une activité physique régulière. Fumer tue. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Ras le bol de tout ceci? Vous n'êtes pas rendus. On vous accueille à coups de hauts parleurs, en groupes d'entrée. Et ça, ça vous rappelle des cours d'histoire, non? La Shoah, si vous connaissez... Les spectateurs tirés au sort montent sur scène, et répondent au questionnaire absurde, de ceux qu'on vous martèle pour mieux vous manipuler. Nous y voici. Or ce recensement est truqué. Sur scène, il y a aussi et surtout les interprètes, plasticiens, musiciens et danseurs, bien sûr, qui vous embarquant aux confins de l'humour noir, le seul praticable en nos temps où réfléchir est devenu une mission de Sainte Rita. Un Monsieur Loyal déroutant vous demandera de lâcher des avions en papier, des balles de tennis, vous roulera, vous bluffera...ça ne vous rappelle pas les campagnes électorales? Sur scène, les artistes vous font passer la pilule par un allant de jeu, un engagement charnel, corps et âme, renversant. Ce n'est pas que Pierre-Johann Suc et Magali Pobel veulenet se foutre de vous. Ils aimeraient tant que votre regard s'aiguise. Que vous réagissiez. Que vous ne soyez plus soumis aux messages subliminaux de la pub, du marketing, du politique.99 francs en mode vivant. Mission impossible? Pas si sûr. On peut se faire avoir mais le savoir. Péché confessé est à moitié pardonné. Comprenez : manipulation lucide est conscience qui permet d'acheter, de voter, certes sans avoir de vrai choix mais en le sachant. A la Socrate : "Je sais que je ne sais pas". Les ficelles de ce spectacle total, musical, détonnant d'électricité gestuelle et de théâtralité burlesque vous emporteront aussi loin que vous voulez bien voir. A vous de décrypter que si on vous demande de jouer au con, ici c'est justement pour vous éviter de l'être dans le vaste cirque de notre société de masse actuelle. Ouvrez les yeux : c'est beau, énergique et dynamisant. Souriez : vous n'êtes pas filmés.